documents·littérature

Sensible – Nedjma Kacimi

Un essai marquant dans la rentrée littéraire… Le sujet : la guerre d’Algérie.

« On ne choisit pas ses batailles ».

Celle de Nedjma Kacimi, c’est la guerre d’Algérie et surtout, ses conséquences sur les générations suivantes.

La découverte du lourd passé d’un pays qu’elle a quitté ( l’autrice est née en Algérie d’une mère française et est arrivée à l’âge de deux ans en France), ou plutôt la prise de conscience de tout ce qu’un tel passé peut laisser comme cicatrices dans les consciences, agit sur elle comme une déflagration.

Et le jour où elle lit Des Hommes de Mauvignier, elle ressent un choc qui met en branle tout ce qu’elle a accumulé d’images, de non-dits et de suggestions tues.

Alors bien plus tard, elle se décide à rassembler ses réflexions et ses observations pour nous livrer un texte d’une grande force.

Ce n’est pas une réflexion linéaire que l’auteure présente ici.

Bien au contraire, elle revendique un certain désordre, à l’image de ce qui s’est lentement constitué dans son esprit pour former un motif récurrent.

« Je ne vois pas pourquoi il faudrait vivre une réflexion clé en main, avec début, développement et conclusion. Au cordeau. Pourquoi j’irais vous livrer quelque chose qui ne s’est pas du tout présenté ainsi ? »

Ce quelque chose, c’est l’héritage de la guerre d’Algérie, cet après-guerre qui selon elle dure encore et n’en finit pas de faire payer aux générations suivantes un lourd tribu :

« La guerre finie, l’après-guerre ne va plus cesser de durer. À partir des années 60, les maghrébins en France ne cesseront plus de vivre dans l’ère de l’après-guerre, ils enfanteront dans un après-guerre dont leur descendance respirera l’air. »

Si la littérature s’est déjà emparée de la question pour la traiter avec beaucoup d’égards, et pour donner une existence à ce qui pendant longtemps n’en a pas eu dans les discours publics, cela ne saurait lui suffire.

Il est temps pour elle de poser des mots sur cette époque.

Son texte constitue un beau témoignage, émaillé d’anecdotes personnelles qui tissent une histoire et donne un contrepoint à la grande Histoire.

L’autrice nous parle avec franchise, dans un langage direct, elle interpelle le lecteur, le mêle à sa réflexion, ne l’épargne pas et l’emporte avec elle dans les méandres de ses raisonnements alors même qu’il ne se sentait ps au départ particulièrement concerné.

Parce qu’elle décrypte le mécanisme de la violence et qu’elle donne voix aux « inaudibles » d’une époque qu’on a voulu ignorer, ce texte est important.

«La guerre d’Algérie sort gentiment des souterrains où l’avaient enfouie vivante ceux qui l’avaient menée. Elle ressort par l’opération d’écrivains qui, pincettes en main et masque chirurgical sur le nez, l’extirpent de la gangue d’un silence amorphe maintenu de longues années par ceux qui, parce qu’ils en étaient revenus, n’y reviendraient plus. Fini. Qu’on n’en parle plus ! »

Aux éditions Cambourakis.

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