littérature

Les après-midis d’hiver – Anna Zerbib

Premier roman, grand amour : Les après-midis d’hiver de la talentueuse Anna Zerbib vous promettent une incursion en territoire amoureux

« C’est arrivé c’était l’automne c’était octobre ».

Un grand amour.

Celui qui fait le vide autour de soi pour donner l’entière place aux fulgurances.

Celui qui vous traverse toute une saison et vous laisse à la fois plein et désorienté à la fin de l’hiver.

Montréal.

La narratrice française passe sa 2e saison hivernale de l’autre côté de l’Atlantique, installée avec Samuel qu’elle aime d’un amour tranquille.

Mais son cœur est enseveli sous la cendre et depuis la disparition de sa mère, il lui faut « passer le tunnel ».

Lorsqu’elle rencontre Noah, cet artiste abîmé par la vie que la mort de son père est venu encore enfoncer un peu plus dans le marasme des jours sombres, c’est comme si elle avait trouvé son alter ego.

Ils ne parlent pas la même langue et leurs échanges résonnent confusément, comme si l’amour était un territoire étranger.

Qu’importe, ils se rencontrent pour faire exulter les corps dans la pâleur d’une chambre à peine éclairée de la lumière blanche des après-midis. Puis dans les replis de la nuit.

D’un lieu désaffecté à l’autre, ils se remplissent de leurs manques, de leur vide, de leurs peurs pour, dans le plus grand secret, tisser au fil des mois un lien singulier et « Ne pas laisser l’absence prendre toute la place, ne pas s’effacer dans la pâleur du manque. »

Alors écrire s’impose à elle, noircir des carnets entiers de cette histoire, trouver les mots pour dire ce qui nous lie à l’autre, même si c’est étrange et parce que personne d’autre que soi ne sait.

« Peut-être écrit-on pour dire qu’un jour, en plus de soi, quelqu’un, quelque chose, était là. »

« Avant je pensais qu’écrire me soustrayait au monde ; c’est faux, je sais maintenant que c’est ce qui m’en donne le courage. »

Le roman d’Anna Zerbib compose une petite musique qui parfois m’a fait penser à celle de Modiano pour la justesse de ses notes et sa capacité à dévoiler l’intime.

Comme dans les œuvres du grand auteur français, ce roman déroule une quête de soi, d’abord secrètement et comme si le personnage cherchait à remonter une piste pour saisir sa propre identité.

Cette jeune femme que le deuil de sa mère creuse chaque jour davantage explore les limites et se réfugie dans les lisières de l’amour.

Sa quête se double d’une déambulation dans Montréal et la narratrice recherche cette confrontation avec la ville, ses quartiers et ses habitudes, pour sentir les morsures du froid et la neige qui coule dans son cou.

Bien plus qu’un décor, bien plus qu’une anecdote, la ville et l’hiver lui permettent d’accéder à ce qu’elle a de plus profond en elle.

J’ai aimé cette langue élégante qui exprime l’indicible de façon si sensible.

Et nul besoin de chercher des comparaisons avec d’autres auteurs, Anna Zerbib a créé sa propre petite musique qu’il tarde au lecteur d’entendre à nouveau

Chez Gallimard

4 commentaires sur “Les après-midis d’hiver – Anna Zerbib

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