littérature

Neige de mai – Paul Renier

Ce premier roman relate de façon délicate et sensible une histoire d’amour, de l’éblouissement premier, magique et incandescent, au lent ensevelissement du sentiment sous une pluie de cendres…

« Femme lumière devenue crépuscule»

Après le récit de la rencontre, puis d’une vie à deux douce et lumineuse, le roman bascule : la maladie foudroie le personnage d’Estelle et l’auteur fait le récit douloureux de l’impuissance face à la dépression après ce constat terrible du narrateur :

« je n’ai pas conscience alors de toute la douleur qui coagule lentement en toi et tuméfie ton âme ».

« Une période arachnéenne commence » : celle des limbes de la neurasthénie, où la présence n’en est plus une, ou l’être aimé s’étiole et s’absente à lui-même, puis s’enferme dans une forteresse imprenable, de laquelle il pourrait se jeter dans le vide.

Paul Renier sait mettre en mots cette douleur ineffable, et raconte l’explosion qui ruine sa relation et contre laquelle l’amour paraît un rempart bien faible dans la déflagration puissante de la maladie.

Alors, pour tenter de rattraper les instants lumineux du passé, le narrateur choisit de les poser sur le papier comme pour leur donner une existence dans le présent et tenter de circonscrire un incendie qui dévaste tout.

Estelle, telle la Méduse en colère qui se pétrifie face à son reflet, est la figure même de la femme aimée qui retourne sa colère contre l’être le plus dévoué à sa cause et se condamne ainsi elle-même à la destruction.

Avant qu’un voile de poussière ne recouvre les deux amants, et pour empêcher que la mort ne parvienne à gagner cette bataille, le narrateur se consacre entièrement à celle qu’il aime, malgré son ingratitude, malgré les nombreux obstacles de la famille, malgré l’enfermement à l’hôpital psychiatrique. Et malgré l’« enténébrement » de sa « luciole ».

« Je m’accroche à mon amour pour nier le destin. »

L’amour peut-il vaincre la maladie ?

Ou bien finit-il lui aussi par être gagné par une grande lassitude, harassé, exténué comme les êtres qu’il a pourtant galvanisés des mois durant ?

Il faut beaucoup de sensibilité pour poser des mots sur la dépression : la plume de Paul Renier est belle, elle sublime une réalité qui tord le ventre, elle exprime ce qui pourrait être le chant du cygne d’un amour magnifique.

J’ai été emportée par ce premier roman, et je voudrais dire à Paul Renier de continuer à enchanter son lecteur avec une langue si belle, alors que le sujet est si difficile…

J’ai aussi apprécié ma lecture dans le joli format d’une maison d’édition indépendante : les pages épaisses sont d’une très belle qualité, rehaussées d’une couverture aussi délicate que les mots qu’elle renferme.

Très belle découverte !

« Je t’appelle sans savoir alors qu’ainsi je fais le premier pas sur un chemin de crépuscule, qui nous emmènera tous deux, claudiquant, dans une nuit d’un noir plus dense, plus brillant, aux contours tranchants. Une nuit qui s’imprimera au plus profond de nous-mêmes, étang lisse et silencieux, sanglots glacés, n’apaisant ni les écorchures qu’elle aura provoquées ni la sécheresse au cœur. »

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