littérature

Les gratitudes – Delphine de Vigan

Tout au bout du chemin

Que reste-t-il de nous au seuil de notre vie ?

Quels souvenirs s’ancrent encore dans nos mémoires défaillantes ?

Quels mots restent intacts alors que l’aphasie déforme nos propos dans une étrange poésie ?

Quelles envies, quels gestes impossibles traversent nos corps abîmés ?

Quels rêves nous permettent de nous échapper en pensée ?

Et quel être nous résignons-nous à devenir lorsque s’amorce le dernier virage ?

Ce sont les questions délicates de la vieillesse que Delphine de Vigan aborde dans son dernier roman.

Si les réponses restent assez floues ou théoriques tant qu’on n’est pas arrivé à un âge où la question se pose véritablement, et si chacun tente d’avancer comme il le peut sur ce chemin chaotique, le lecteur est saisi par le miroir que nous tend l’auteure : les vieux, c’est nous, demain.

« Derrière le regard flou, leurs gestes incertains, leur silhouette courbée ou pliée en deux, comme on tenterait de deviner sous un dessin au vilain feutre une esquisse originelle, je cherche le jeune homme ou la jeune femme qu’ils ont été. Je les observe et je me dis : elle aussi, lui aussi a aimé, crié, joui, plongé, couru à en perdre haleine, monté des escaliers quatre à quatre, dansé toute la nuit.»

« Cela m’émeut, de penser à ça. Je ne peux pas m’empêcher de traquer cette image, de tenter de la ressusciter. »

Ce récit d’une femme qui lisait Doris Lessing et se retrouve maintenant dépendante de son corps défaillant est bouleversant : il présente Michka, vieille dame âgée, marquée à jamais par la déportation de ses parents dans son enfance, et qui arrivée au terme de sa vie, est contrainte de venir s’abriter dans un Ehpad où il n’est pas facile de conserver son sentiment de liberté.

La narration croise deux points de vue sur ce personnage attachant et qui perd ses mots : celui de Marie, voisine et fille que Michka n’a jamais eue, avec laquelle les liens sont étroits mais indicibles, et Jérôme l’orthophoniste qui lui prête une oreille attentive tout en l’aidant à retenir les mots volatiles.

Chacun des personnages cherche à exprimer sa gratitude avant qu’il ne soit trop tard, ce sentiment si essentiel à l’être humain et qui le maintient dans un lien fort avec ceux qui un jour les ont aidés à se tenir debout.

Ce roman plein d’humanité fait le portrait réaliste et tendre d’une femme qui aux confins de l’existence, dans un dernier geste, une dernière parole, rend grâce pour la vie qu’elle a vécue.

À lire chez Jean-Claude Lattès

3 commentaires sur “Les gratitudes – Delphine de Vigan

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